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   Titre : INSTRUMENTS DES TENEBRES

   Auteur : Nancy HUSTON

   Editions : ACTES SUD (Babel) 1996

   Parution : 1996

                  409 pages

   Quatrième de couverture

   Américaine, écrivain, divorcée et plus toute jeune, Nadia, qui se fait appeler Nada par dérision, entreprend d'écrire un récit à partir d'un fait divers ancien l'histoire de Barbe Durand, une jeune servante française mise à mort en 1712 pour avoir dissimulé sa grossesse puis fait disparaître l'enfant qu'elle avait eu de relations forcées avec son patron. En même temps, par bribes et fragments, Nada confie à son journal l'histoire de sa propre enfance dans une famille catholique disloquée par la déchéance alcoolique du père. Très vite, l'imaginaire impose son autorité au réel et les événements du passé investissent la vie de Nada au point de la bouleverser.

Les premières phrases

FIN DE L'ETE. JE NOTE CELA.

Mais ajoute aussitôt : la nature, je m'en fous éperdument, je n'ai jamais collectionné de feuilles, même pas étant enfant, même pas de cailloux - qu'on se trouve au printemps ou en automne ou en hiver m'est parfaitement égal, le miracle de la vie ne me touche pas, la vie qui bourgeonne, évolue, explose et change, les boutons de fleurs qui enflent et éclosent, ces choses me laissent froide.

Mon avis

Il y a deux histoires dans ce roman. Tout d'abord celle intitulée le "Carnet Scordatura" : c'est le journal de Nadia, ou Nada, une femme d'une cinquantaine d'année, désabusée, meurtrie par la vie. Elle y évoque ses souvenirs d'enfance et de femme et dialogue avec son "daimon", une sorte d'alter ego imaginaire, à la fois ange et démon. Nadia est écrivain et entreprend l'écriture d'un récit qu'elle intitule "Sonate de la Résurrection". Elle s'inspire pour cela d'un fait divers ayant eu lieu au début du 18ème siècle et narre l'histoire de deux jumeaux Barbe et Barnabé, séparés à la naissance après la mort de leur mère et qui tous deux auront un destin terrible.

Les deux histoires alternent, celle de Nadia faisant écho à celle de Barbe et vice versa. Nadia évoque son jumeau mort-né, et ses avortements, surtout celui, tardif, qui semble l'avoir marquée plus qu'elle ne le pensait. Bien que sa grossesse résulte d'un viol, Barbe quant à elle en fera sa raison de vivre, elle voit son enfant à naître comme la promesse d'une nouvelle vie, forcément meilleure.

Je n'ai pas accroché immédiatement à ce récit. C'est venu au fil des pages mais c'est la "Sonate de la Résurrection" qui m'a le plus touchée. C'est un récit dur, brutal, affreusement triste. L'histoire de Barbe est celle de centaines de femmes de cette époque où les croyances, la superstition, les procès de sorcellerie règnent en maître, où la femme est considérée comme l'oeuvre du diable. Le violeur n'est pas puni, ce n'est pas de sa faute, c'est sa servante qui l'a séduit. Et si par malheur celle-ci tombe enceinte elle est considérée comme une p.....  Et la faute qui l'entache contaminera même son enfant. L'histoire de Nadia n'est pas plus heureuse. Si pour Barbe c'est son enfant qui va lui donner une vie meilleure, pour elle c'est l'écriture de son roman, tel un accouchement qui va la délivrer de son passé.

Une grande force se dégage de ce roman, beaucoup de douceur même dans certains passages. Mais c'est le côté sombre, dur, qui domine. Nancy Huston restitue avec beaucoup de justesse toutes les émotions et tous les sentiments qui animent ces deux femmes.

C'étai le premier livre que je lisais de cette auteure, mais ce ne sera sûrement pas le dernier.

stars-10stars-7