couv717189       Titre : DES NOEUDS D'ACIER

     Auteur : Sandrine COLLETTE

     Edition : Le Livre de Poche 2014

     Parution : 3 Février 2014

                    262 pages

     Quatrième de couverture

     Avril 2001. Dans la cave d'une ferme miteuse, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux vieillards qui veulent faire de lui leur esclave. Théo n'a pourtant rien d'une proie facile : athlétique et brutal, il sortait de prison quand ces deux vieux fous l'ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d'autres. Alors, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d'échapper à ses geôliers.

Les premières phrases

Il en a fallu du temps pour que ce petit coin de pays se défasse du souvenir de l'effroyable fait divers qui l'a marqué au cours de l'été 2002. Dans les quotidiens et les hebdos nationaux, au journal télévisé, bien évidemment dans la presse à sensation : il est passé partout. A nous, habitants acharnés ou passionnés de cette terre dépeuplée, il a fait une publicité mauvaise et morbide : beaucoup de gens aujourd'hui encore ne connaissent notre région que par cette triste chronique.

Mon avis

Théo sort de prison où il a purgé 19 mois pour avoir frappé son frère Max et l'avoir transformé en légume. Sous les coups, Max est tombé et s'est brisé les cervicales. Théo ne regrette pas d'avoir frappé : quand il a appris que Max avait couché avec son amie Lil, son sang n'a fait qu'un tour. A sa sortie de détention, bien qu'il soit interdit de visite, il ne peut s'empêcher de faire un détour par l'institut ou Max va passer le restant de sa vie, pour le narguer, pour vérifier qu'il est cloué à jamais dans un fauteuil. Le personnel soignant le met en fuite, il s'imagine que la police va être prévenue et que peut être il va être renvoyé en prison. Après ce qu'il y a vécu, il n'en est pas question ! Alors il part, il roule droit devant lui et ne s'arrête que lorsqu'il se trouve dans une région éloignée de tout, délaissée par les touristes, ou il pourra se faire oublier pendant un certain temps et peut être se reconstruire. Il s'installe dans un gîte tenu par une gentille vieille dame et passe ses journées à faire de longues marches dans la campagne avoisinante. C'est lors d'une de ces randonnées qu'il va rencontrer ses bourreaux.

Que se passe t-il quand, dans un lieu isolé, un homme plein de violence et de haine rencontre deux gentils petits vieux ? Pas du tout ce à quoi l'on peut s'attendre. Théo, personnage assez antipathique, presque fratricide, va tomber sur pire que lui. Pire que tout ce que l'on peut imaginer. Deux monstres, deux crétins congénitaux qui vont faire de lui leur esclave, leur chien. Sandrine Collette décrit la descente en enfer de Théo, ses changements d'états d'esprit : d'abord révolté il attend le moment de pouvoir s'enfuir, puis devant la sauvagerie de ses bourreaux et la complicité du voisinage, il va se résigner, se soumettre et s'animaliser, accepter d'être le chien de ses maîtres. Au début de sa captivité, il lui parait inconcevable d'obéir, de se conformer aux désirs de Basile et Joshua et  il est presque prêt à se laisser mourir de faim et de soif, puis l'instinct de survie refait surface et il devient prêt à n'importe quoi pour une bouchée de pain ou une gorgée d'eau. La seule chose qui le fait tenir, ce sont ses souvenirs : ceux des moments partagés avec Lil, et puis ceux de son enfance auprès de son père et de Max qui l'a toujours dominé ; il fait du reste une comparaison entre ses relations avec son frère et celles qu'entretiennent Basile et Joshua, trouvant une ressemblance entre les relations qu'il avait avec Max et celles qui lient Basile et Joshua.

Le roman est écrit sous forme de journal, recueilli par un médecin après la libération de Théo, écrit à la première personne. Cela rend encore plus réel le martyr de Théo ; on le vit en direct avec lui, on ne peut en détourner ni les yeux ni l'esprit : il n'y a rien d'autre pour nous en distraire : il n'y a que Théo, Luc son co-détenu et les deux bourreaux, soutenus par leur entourage.

Des Noeuds d'acier est le premier roman de Sandrine Collette et à mes yeux de loin le meilleur avec Il reste la poussière (je n'ai pas encore lu les larmes noires sur la terre).

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