couv9891153     Titre : LES SAISONS DE LA NUIT (The Side of Brightness)

     Auteur : Colum McCANN

     Traduction : Marie Claude PEUGEOT (anglais)

     Edition : 10/18 1998

     Parution : BELFOND 1998

                   322 pages

   De quoi ça parle ?

    Ce roman parle de New York, d'amour, de mariages mixtes, de terrassiers qui creusent des tunnels, de bâtisseurs de gratte-ciel qui dansent sur des poutrelles à des centaines de mètres au-dessus de la ville. C'est peut-être le premier vrai roman consacré aux sans-abris, à ceux qui vivent au-dessous et à l'écart de la cité prospère. On sent que Colum McCann a fréquenté ces lieux-là : dans une langue qui procure un plaisir presque physique, il évoque avec une rare puissance ce présent qui empeste et ce passé qui oppresse. "

Les premières phrases

Le soir qui précéda la première chute de neige, il vit un grand oiseau gelé dans les eaux de l'Hudson. Il savait bien que ce devait être une oie sauvage ou un héron, mais il décida que c'était une grue. Le cou était replié sous l'aile et la tête plongeait dans le fleuve. Il scruta la surface de l'eau, et se représenta la forme antique et décorative du bec.

Ce que j'en ai pensé

Les saisons de la nuit est un portrait noir de New York dans les années 1916 à 1991. Au début du siècle, loin du rêve américain, de l'argent de Wall Street, des hommes risquent leur vie tous les jours pour un salaire de misère. Nathan Walker est un de ces "gadouilleux" qui creusent les tunnels qui permettront le passage du métro et des trains. Dans le boyau où il travaille sous l'East River, en première ligne, il n'y a aucune sécurité et souvent des accidents mortels. Il réchappera à l'un d'eux, aspiré par le fleuve avec trois de ses collègues, mais son ami Con O'Leary n'aura pas cette chance ; son corps ne sera jamais retrouvé.

L'histoire de Nathan s'entre croise avec celle de Treefrog. Soixante quinze ans plus tard, Treefrog, SDF, a élu domicile dans une cavité située en hauteur à l'intérieur d'un de ces tunnels où passent des trains à grande vitesse plusieurs fois par jour. Autrefois, il travaillait à la construction des gratte-ciel. Il pouvait se déplacer sur des poutrelles étroites à plusieurs dizaines de mètres de hauteur sans éprouver le moindre vertige. On comprend aussi que c'est un événement honteux qui l'a précipité dans ce sous-sol et l'a rendu un peu fêlé. Une demie douzaine d'autres SDF y vivent aussi ; la plupart du temps ils s'ignorent, mais il leur arrive de s'entr'aider ou bien de se battre quand ils ont trop bu. Au début du récit les deux histoires sont bien distinctes, puis au fil du récit, elles se rejoignent.

A travers trois générations et presque un siècle, l'auteur nous dépeint la vie de ces laissés pour compte : ceux qui contribuent à l'avancée du progrès mais qui n'en profitent jamais. Les héros new yorkais de ce roman sont pauvres et qui plus est noirs, et dans l'Amérique du début du siècle dernier, victimes du racisme et du ségrégationnisme. Ils se réfugient trop souvent dans l'alcool ou la drogue et certains en meurent. Nathan Walker va travailler toute sa vie dans des conditions épouvantables pour nourrir sa famille, jusqu'à ce que les rhumatismes et les douleurs le clouent dans son fauteuil. Treefrog, lui, après quelques années passées sur les poutrelles d'acier des immeubles en construction va complètement basculer et finir SDF, réfugié sous terre, à la limite de l'animalité. 

Dès le début on sent que les deux histoires ont un lien entre elles, mais on ne le connaîtra qu'à la dernière partie du récit, lorsqu'elles fusionnent entre elles. Les Saisons de la Nuit est un beau roman, noir, plein de souffrances, mais aussi d'amour et d'espoir. L'écriture de Colum McCann est très belle. Cependant je n'ai pas ressenti le frisson annoncé par Jim Harrison sur la quatrième de couverture. C'est un récit que j'ai aimé, qui m'a intéressée, mais qui ne m'a pas vraiment touchée.

 

stars-10stars-3