couv67928767   

   Titre : LE CRI DES OISEAUX FOUS

    Auteur : Dany LAFERRIERE

    Edition : ZULMA 2015

    Parution : LE SERPENT A PLUMES 2000

                 315 pages

    De quoi ça parle ?

  Vieux Os a vingt-trois ans. Son ami Gasner, journaliste comme lui, vient d’être assassiné par les tontons macoutes. Dès lors s’enclenche la mécanique de l’exil, pressante, radicale : Vieux Os doit passer sa dernière nuit hors de chez lui. De taps-taps bondés en déambulations hasardeuses, Vieux Os parcourt son monde en accéléré : les belles de nuit du Brise-de-Mer, bordel miniature où l’on parle d’amour et de grammaire, les amis de toujours, Lisa et Sandra – « l’une pour le corps, l’autre pour le cœur » –, les souvenirs d’enfance à Petit-Goâve dans le giron de Da, les tueurs qui rôdent, les anges gardiens aux allures de dieux vaudou, et toutes les bribes de vie saisies au vol dans les rues de Port-au-Prince…

Les premières phrases

Ma mère est encore assise dans le coin gauche de notre minuscule galerie. Cette section a l'avantage d'être complétement protégée du soleil par un massif de lauriers-roses. C'est là que ma mère se cache pour réfléchir à sa vie, comme elle dit.

Ce que j'en ai pensé

Vieux Os est journaliste ; pourtant il ne fait pas de politique, il s'occupe uniquement des chroniques culturelles. Quand on lui apprend l'assassinat de Gasner son meilleur ami, rossé à mort par les Tontons Macoutes, il est très affecté, mais il ne pense pas qu'il puisse être lui-même en danger. C'est sa mère qui s'inquiète pour lui. Bien qu'il n'ait rien à se reprocher, rien que le fait qu'il soit le fils d'un opposant au régime obligé de s'exiler pour échapper aux sbires de Papa Doc (Duvalier), suffit pour être dans le collimateur des hommes du dictateur. De toutes façons dans ce pays, il n'y a pas besoin de faire quelque chose de répréhensible pour se sentir menacé, tous les hommes ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête, sauf ceux qui affirment haut et fort qu'ils sont du côté du régime et qui le montrent. Sa mère ayant obtenu le renseignement par un proche du pouvoir, elle sait que Vieux Os sera une des prochaine victimes et elle le force à quitter le pays dès le lendemain matin. C'est donc la dernière nuit que Vieux Os alias Dany Laferrière va passer dans sa ville et bien qu'il ait promis -par précaution - de ne pas dire qu'il allait partir, il va en faire le tour et aller à la rencontre de ses amis, nostalgique de ses amitiés et ses amours perdus à jamais.

Roman autobiographique, Le Cri des oiseaux fous raconte en 300 pages les 24 dernières heures de Dany Laferrière dans son pays natal, juste avant qu'il le quitte pour s'exiler à Montréal. Il décrit longuement l'ambiance qui y règne : la peur des femmes qui voient leurs maris et leurs fils contraints de partir loin d'elles, le manque de liberté, la toute puissance du dictateur qui maintient son peuple dans la plus grande pauvreté et fait régner la terreur, l'hypocrisie de certaines couches de la société, la délation comme pratique ordinaire......Il parle aussi de la vie qu'il doit laisser derrière lui : une enfance heureuse, les amis fidèles, les jeunes filles qu'il a côtoyées et aimées, et surtout Lisa à qui il n'a jamais osé avouer son amour. Sous la plume fluide et colorée de l'auteur, on découvre à la fois beaucoup d'émotions, de sensualité, d'odeurs, de soleil, dans ce roman mais aussi de pauvreté, de peur et de souffrances.

C'était mon premier ouvrage de cet auteur. Il m'a donné très envie de lire les autres.

stars-10stars-6