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      Titre :     LA FIANCEE PAKISTANAISE

      Auteur :  Bapsi SIDHWA

      Traduction : Christine LE BOEUF (anglais)

      Edition :   Babel

      Parution : 1996

                      346 pages

      De quoi ça parle ?

     A la suite de l'un des massacres interethniques qui ont accompagné la "partition" de l'Inde et du Pakistan, une petite fille originaire des plaines du Panjab est adoptée par un montagnard du Kohistan. Il a quitté son village à la mort de sa femme et de ses enfants, et c'est à Lahore qu'il va élever la petite Zaïtoon. Mais obsédé par la nostalgie de ses montagnes de la haute vallée de l'Indus, c'est à un homme de sa tribu qu'il va la donner en mariage, alors que tout sépare les nouveaux époux.
Evocatio authentique d'un Pakistan intime, le roman de Bapsi Sidhwa est aussi un somptueux roman d'aventures qui met en scène, avec force et sensualité, des personnages inoubliable

Les premières phrases

Qasim avait dix ans lorsque son père, assis sur ses talons au bord d'un petit torrent de montagnes, lui annonça :

-Fils, on va te marier.

Cette déclaration n'affecta guère Qasim mais quand, un instant plus tard, son père lui posa dans les bras un lourd et antique fusil, il rougit de plaisir.

Ce que j'en ai pensé

En 1947, lors de la partition entre l'Inde et le Pakistan, Qasim a trente sept ans. Il vit au Kohistan, une région du nord du Pakistan, montagneuse et sauvage où les lois ancestrales et l'organisation tribale n'ont jamais cédé la place aux lois du pays. Il vient de perdre sa femme et ses trois enfants, il ne se sent pas le coeur a continuer à travailler sa terre et décide d'émigrer vers la capitale, Lahore. En route, il échappe de peu à un des massacres inter-religieux qui sévissent dans le pays et recueille une fillette dont les parents n'ont pas eu cette chance. Il lui donne le nom de sa propre fille disparue : Zaitoon et l'élève avec l'aide d'un couple avec lequel il s'est lié d'amitié. Qasim s'est bien adapté à la vie en ville, mais il a gardé la nostalgie de ses montagnes et la vie libre qu'on y mène ; il n'a pas renoncé tout à fait à ses coutumes et lorsque Zaitoon a seize ans il la mène dans son ancien village et la donne en mariage à Sakhi, un jeune homme de son clan. Il lui a toujours vanté la beauté de sa région natale : les montagnes escarpées et sauvages, les torrents impétueux et à son arrivée Zaitoon est émerveillée par la splendeur des paysages. Elle va vite déchanter lorsqu'elle s'apercevra que sa vie va changer du tout au tout auprès de ce mari qu'on lui a imposé. Elle n'aura le droit de rien : ni de parler en public, ni de sortir tête nue, ni de croiser le regard d'un homme, ni même d'approcher un autre homme que le sien. Tout manquement à ces règles, même involontaire, peut gravement nuire à l'honneur de son mari. De plus, aux yeux de Sakhi, Zaitoon est une fille de la ville, elle représente la modernité, un véritable danger, et il est prêt à tout pour la mater.

J'ai été particulièrement intéressée et émue par ce récit qui met en scène la vie de cette jeune pakistanaise. Dans les régions sauvages de ce pays, on s'aperçoit qu'une femme n'est rien : à peine plus utile qu'un âne, sûrement moins qu'un de ces fusils dont les hommes se servent pour venger leur honneur. Par contre elle est la dépositrice de cet honneur et tout manquement aux règles édictées est synonyme de mort, parcequ'en cas de faux pas, seule sa mort pourra laver l'honneur de son mari. Autrement dit elle n'a aucun droit, seulement des devoirs ; elle existe uniquement en tant que mère, et encore ! Dans ces régions ce sont les traditions séculaires qui régissent les actes des hommes et asservissent les femmes. Le récit se déroule dans la seconde partie du siècle dernier : il y a seulement une cinquantaine d'années, mais tout porte à croire que malheureusement les choses n'ont pas beaucoup changé dans cette partie du monde avec l'arrivée des talibans.

Ma Note : 8/10